Le mot du président
Lola Montès ou la vie comme un cirque
“Lola Montès” (Max Ophuls 1955), destin paradoxal d’un film.
Un échec à sa sortie, film ruineux, avec de gros moyens techniques :
Cinémascope, couleur, stéréophonie, trois langues ; pour des raisons
commerciales imposées par les producteurs un film qui sera mutilé,
déconstruit, remonté raccourci dans une version bêtement chronologique
; un film qui sera ensuite ardemment défendu dans sa version d’origine –
celle voulue par Max Ophuls – par la critique et tous les grands
cinéastes de son temps , de Tati à Truffaut , en passant par Cocteau,
Rossellini, Becker…; un film sauvé des eaux, consacré désormais comme
un chef d’oeuvre absolu du cinéma.
Un film incompris à l’époque avec une narration qui commence par la fin
: Lola Montès , vieille femme déchue, exhibée dans un cirque américain,
dont on fait surgir le passé par fragments, comme des numéros de
spectacle. La vie devient représentation, le souvenir devient spectacle.
Le cirque n’est pas un simple décor : il est la métaphore même du film et
du destin de Lola.Un film qui réinvente le cinéma : Max Ophuls s’empare des nouvelles
techniques, en détournant les codes du spectacle : formats variables de
l’écran, couleurs saturées – appréciez les : chatoiements, palette baroque,
somptueuses, expressionnistes – mouvements constants d’une caméra
virtuose ; une esthétique nouvelle.
“Lola Montès” un film inédit, sans équivalent : mélodrame, avec une
dimension populaire, un film historique, un spectacle de cirque, une
tragédie, et – en même temps -une réflexion sur le cinéma.
Lola Montès une femme transformée en spectacle, exploitée ,
marchandisée, chosifiée , dirions nous aujourd’hui ; “Lola Montès” un
film transformé en spectacle.
Dans la société du spectacle, dans notre société du spectacle.
Un très grand film, sans équivalent, d’une beauté vertigineuse,
flamboyant, singulier, d’une grande et prémonitoire modernité.
Jean Paul DURAND