Le mot du Président
« « Dersou Ouzala » ou l’art d’être au monde
Dans la filmographie du réalisateur japonais Akira Kurosawa on ne sait trop quel film choisir, quel chef d’œuvre retenir. Vous connaissez probablement « Les Sept Samouraïs », il faudrait citer « Ran », « Kagemusha » et bien d’autres.
Dans cette abondante et riche production, « Dersou Ouzala » (1975) occupe assurément une place à part. Des films nous racontent une histoire. Celui-ci, au- delà d’une simple narration, nous apprend à regarder le monde autrement.
Dans la Sibérie, un géographe, un explorateur, rencontre Dersou Ouzala, un chasseur nomade qui connaît parfaitement la forêt, les animaux, la Nature avec un grand N. Les deux hommes découvrent ainsi progressivement la richesse de leurs différences et lient une belle amitié. Mais « Dersou Ouzala » nous enseigne surtout une autre manière d’habiter le monde. La Nature n’est pas un décor, ni un espace à conquérir. Elle est vivante, imprévisible, à la fois généreuse et menaçante. Il faut donc l’écouter, la comprendre, la respecter. L’homme n’en est pas le maître mais seulement un élément, fragile et dépendant.
Il est facile et évident aujourd’hui de considérer ce film comme un manifeste écologique, un programme militant. Plus qu’une fable philosophique il apparaît en tout cas comme prémonitoire et pose des questions essentielles : interrogation sur le progrès, la volonté de domination de l’homme sur la Nature, la destruction de la Nature. « Dersou Ouzala » c’est un monde qui disparaît irréversiblement, un « savoir-vivre » – stricto sensu – qui s’efface, un homme coupé de la Nature.
Une chose est sûre : un demi-siècle après, alors que le vivant est plus que jamais menacé, il nous interroge singulièrement.
Regarder, écouter, partager, vivre ensemble, repenser la place de l’homme dans la Nature, notre rapport au vivant. Beauté du film – la nature y est splendidement filmée sans être idéalisée – fragilité d’un monde menacé. Avenir de l’Homme. La fin du film va vous laisser dans l’interrogation.
Bonne séance à toutes et à tous !
Jean-Paul DURAND