le mot du Président de janvier 26
“ Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus” *
Dès le générique du film, le réalisateur J.J. Annaud (1986) indique que “ Le Nom de la rose” est un palimpseste du roman de Umberto Eco. Manière malicieuse de dire que le film est une interprétation personnelle et stratifiée du roman, pas une simple copie. Un palimpseste est un parchemin gratté pour être réutilisé plusieurs fois, recyclé en quelque sorte dirions-nous aujourd’hui. S’y superposent ainsi plusieurs textes.
On peut dire du film lui-même qu’il est un palimpseste car plusieurs strates de genre, de sens , de période s’y retrouvent.
Difficile en effet de classer un film comme « Le Nom de la rose” !
C’est un roman policier médiéval , une enquête policière, rationnelle, à la Agatha Christie, à la Conan Doyle
( vous avez compris le clin d’œil du nom du personnage “Guillaume de Baskerville” … ) , avec une énigme, des indices, des suspects, un coupable ( qui ?) , des victimes…
C’est aussi un film historique, un récit historique, en costumes et décors “d’époque”, une reconstitution du Moyen-Age , de la société européenne au XIVème siècle.
C’est aussi une fable philosophique qui évoque un débat intemporel et universel sur le rire, sur la vérité.
C’est un film noir où pèsent la fatalité, la mort, où le savoir est une arme dangereuse.
C’est encore une allégorie politique sur le pouvoir et le savoir.
Chaque “lecture” n’efface pas la précédente, elles coexistent comme dans un palimpseste.
Au-delà de cette catégorisation, “Le Nom de la rose” met en scène un Moyen-Âge au plus proche de la vérité historique : misère omniprésente, société étroitement stratifiée, poids écrasant de la religion chrétienne, saleté, savoir confisqué, luttes de pouvoir …
Le savoir interdit, caché, confisqué, est symbolisé par la bibliothèque, véritable labyrinthe, lieu matériel et lieu métaphorique.
Le cœur du film en effet n’est pas l’enquête mais un débat philosophique : le rire est-il subversif ? Le rire n’est-il pas l’œuvre du Malin, pour reprendre le vocabulaire des moines ? Et vous découvrirez qu’il y est question , entre deux enluminures, d’ Aristote…
Complexité du roman labyrinthique de U.Eco et complexité du film .
Mais rassurez-vous ! On s’y laisse prendre , on s’y laisse perdre avec plaisir…
Un film populaire , un polar sans triomphe de la vérité, qui parle du savoir, des mots. Que reste t-il de tout cela ? De toute cette histoire ? De ce récit ? De cette époque ? Des mots ? Des noms ? Un nom ?
Bon film , bon débat !
Jean Paul Durand
* pour les quelques personnes qui n’entendent pas le latin , traduction et interprétation lors de la séance bien entendu .