Le Mot du Président
Une image, des images, un film…
« Riso amaro / Riz amer » (Giuseppe De Santis 1949), c’est d’abord une image devenue une photo iconique du cinéma.
Cette photo, prise en légère contre-plongée, montrant l’actrice Silvana Mangano, pieds nus dans les rizières – silhouette sculpturale, short ajusté, chemise entrouverte mettant en valeur une poitrine généreuse – est devenue une des images emblématiques du néoréalisme italien.
Une photo à la frontière entre le réalisme social – le monde dur, âpre, des « mondine », les ouvrières agricoles saisonnières de la vallée du Pô – et l’émergence d’une figure mythique féminine, presque intemporelle, presque archaïque. Une image qui a dépassé le film pour devenir un symbole culturel, largement diffusé, ramené à tort à une simple dimension érotique. Une image qui ouvre la voie à un corps féminin, populaire, signe de vitalité brute, de sensualité, d’émancipation. Dans la lignée Sophia Loren, Anna Magnani, Gina Lollobrigida, Claudia Cardinale…
Une image qui condense et résume un film associant la dramaturgie classique d’un film noir à un documentaire social.
Une dimension érotique s’y affirme, chargée d’une sensualité intense : corps en mouvements, jusqu’à la chorégraphie, corps féminins valorisés, tension permanente entre désir et ordre moral, entre pulsion vitale et contrainte sociale.
Une dimension sociale : conditions de travail des « mondine », solidarité féminine, rapports de classe, lutte collective, éloge du travail, des travailleuses, une conscience de classe émergeante…
Dans une perspective politique : l’Italie en reconstruction après la guerre, femmes entre déterminisme social et émancipation, un regard engagé.
« Riz amer » propose une esthétique puissante, à la fois sensuelle et réaliste où la beauté des images sert un discours politique et social émancipateur. Une œuvre majeure du cinéma italien à (re)découvrir.
Quelle lecture peut-on en proposer aujourd’hui ?
Doit-on y voir un film marqué par son contexte d’après-guerre, ou au contraire une oeuvre toujours actuelle, porteuse d’un discours engagé qui continue de résonner ? Une lecture genrée permet d’interroger la représentation des corps féminins : corps au travail investissant l’espace public mais aussi corps exposés au regard, sexualisés, pris dans une tension entre désir, morale et normalisation sociale. Un film à la croisée de l’émancipation ou de l’assignation ? A débattre.
Bon film – et bon débat !
Jean Paul Durand