Le mot du président
Un film à part
Le film commence par un blues interprété par Muddy Waters “ I was born in this time /to never be free” ( “ Je suis né à cette époque/pour ne jamais être libre”). Et tout est dit.
Un film sur l’escavage qui dynamite l’image traditionnelle du Sud esclavagiste : “Mandingo” ( Richard Fleischer, 1975) prend frontalement le contre-pied de l’imaginaire de “Autant en emporte le vent”. Pas de plantation romantique, de maîtres élégants ni de nostalgie du vieux Sud : la plantation apparaît comme un système de violence, de domination sexuelle, de marchandisation des corps et de corruption morale.
Le système esclavagiste empoisonne tout le monde : maîtres, femmes blanches, esclaves, relations sexuelles, famille, filiation. La plantation comme un huis-clos monstrueux où tout – le corps, le désir, le mariage, la reproduction, la naissance – est soumis à la propriété .
Richard Fleischer , à qui on doit “Vingt mille lieues sous les mers”, “Les Vikings”, “L’Étrangleur de Boston”, “Soleil vert”, choisit une mise en scène spectaculaire et populaire, mais aussi frontale, naturaliste, physique, qui refuse d’enrober la violence de l’esclavage dans les séductions du mélodrame hollywoodien – tout en utilisant paradoxalement les armes mêmes de ce spectacle.
Le film montre le sexe, les coups, les humiliations et les rapports de domination avec insistance, avec violence, dans une vérité crue .
Et crée ainsi deux effets contradictoires dans la réception que l‘on peut avoir du film : rendre insupportable la réalité de l’esclavage et aussi donner l’impression de jouir du spectacle de ce qu’il prétend dénoncer.
Cette ambiguïté, entre dénonciation et voyeurisme, fait l’intérêt du film, brutal, excessif, dérangeant . Il est assassiné par la critique de l’époque – accusé de racisme, de vulgarité, de pornographie – tout en ayant un grand succès populaire.
A vous de juger . Le film apparaît aujourd’hui comme éminemment politique au meilleur sens du terme , d’une grande originalité cinématographique. Vous pouvez retrouver son influence dans Quentin Tarantino avec “Django unchained” par exemple- à l’opposé exact de “Autant en emporte le vent”.
Et ne ratez pas , au début du film et jusqu’au générique final, le blues chanté par Muddy Waters qui sert de ligne mélodique à tout le film…