JEUDI 20 AOUT : CINEVALLEE fête ses 15 ans

Vera Cruz  ( USA / 1954 ) de Robert Aldrich, avec Gary Cooper et Burt Lancaster

Cité en exemple par de nombreux réalisateurs, de Sergio Leone à François Truffaut, Vera Cruz compte parmi les chefs-d’œuvre du western américain. C’est aussi l’un des plus atypiques tant par son style baroque, son humour à froid et son refus de la morale courante. Robert Aldrich y pilonne les codes du genre avec une insolence et une brutalité que personne jusqu’alors n’avait osées.

En 1866, au Mexique, deux mercenaires américains, Joe Erin (Burt Lancaster) et Benjamin Trane (Gary Cooper), se retrouvent engagés pour escorter une cargaison d’or destinée à financer le régime. Leur mission les mène à Vera Cruz, où ils doivent affronter des rebelles mexicains, des bandits et leurs propres démons.

Erin et Trane sont construits en miroir : l’un agit par intérêt, l’autre par devoir, mais tous deux sont prêts à trahir pour survivre. Trane cherche à racheter son passé de confédéré, mais le monde autour de lui est trop corrompu pour lui offrir cette chance. Erin, lui, assume pleinement son cynisme : il n’a pas d’honneur à perdre, seulement des opportunités à saisir Dans ce contexte, l’or de Vera Cruz n’est qu’un MacGuffin ( un objet qui déclenche l’intrigue ), symbolisant la corruption et la soif de pouvoir. Chaque personnage est prêt à trahir l’autre pour s’emparer de l’or, montrant que l’humanité est fondamentalement égoïste.

Le film montre aussi comment les puissances étrangères (France, États-Unis) exploitent le Mexique et dépeint la guerre franco-mexicaine comme un conflit absurde, où les civils sont les premières victimes. La scène où les villageois mexicains sont massacrés par les soldats français illustre cette critique : la guerre n’est pas un noble combat, mais une boucherie.

Vera Cruz est donc bien plus qu’un simple western d’aventure : c’est une œuvre cynique, réaliste et profondément humaine, qui explore les limites de l’honneur, de la loyauté et de la moralité dans un monde en guerre. Grâce à la performance de Lancaster et Cooper, ainsi qu’à la réalisation audacieuse d’Aldrich, le film transcende son époque pour devenir un classique intemporel, annonçant l’évolution du genre vers des récits plus sombres et plus complexes.

Pour aller plus loin :

 Deux présentations du film :

https://www.dvdclassik.com/critique/vera-cruz-aldrich

https://www.cineclubdecaen.com/realisateur/aldrich/veracruz.htm

Comparer Vera Cruz avec The Wild Bunch (1969) de Sam Peckinpah, qui pousse encore plus loin la violence et le désenchantement, à travers leurs bande-annonce :

août 9, 2026