Le troisième homme est au foyer de Juzet (salle du 1er étage) le vendredi 19 juin à 20h30

Le Troisième Homme : tout le monde connaît ! 

Mais sans doute très rarement le film lui-même, un « vieux noir et blanc », sorti en 1949, œuvre d’un réalisateur anglais trop peu connu, Carol Reed. Ce qui est connu ou reconnu dans le monde entier, c’est la musique du film, composée à la cithare par Anton Karas, découvert presque par hasard dans un petit restaurant viennois par le réalisateur lui-même. Et l’on sait aussi, en général, qu’Orson Welles (qui est à l’affiche) y joue le rôle du personnage central, même s’il n’apparaît que brièvement.

Quelle est donc la trame narrative du film ?

Dans la ville de Vienne d’après-guerre occupée par les troupes alliées mais divisées par la Guerre Froide, en proie à la misère, aux trafics en tous genres et à la paranoïa, Holly Martins, écrivain américain, vient y retrouver un ancien ami : Harry Lime. Il apprend dès son arrivée que celui-ci a été tué dans un mystérieux accident. Ce n’est que le début de l’aventure vertigineuse de Martins, entre rencontres douteuses, dangers mortels et révélations atterrantes, sables mouvants urbains où l’antihéros se débat entre appréhension et désenchantement. Le pivot de son enquête est l’existence d’un « troisième homme », présent sur les lieux de l’accident de Lime et qu’il n’aura de cesse de démasquer.

L’action se passe donc à Vienne, dans l’après-guerre, à un moment charnière particulièrement important sur le plan géopolitique, quand apparaissent les premières tensions de la Guerre Froide. C’est en même temps un « film noir » résolument expressionniste, à la croisée entre plusieurs conceptions du monde, faisant la synthèse d’une décennie marquée par le genre « polar » et dont le cadre urbain avait donné déjà Casablanca (1942) de Michael Curtiz. 

Si Vienne n’est pas le titre du film, la ville n’en est pas moins la véritable protagoniste : on parcourt sa topographie, de jour comme de nuit, des hauteurs d’une Grande Roue, aux profondeurs des égouts, en passant par le pavé constamment mouillé de la nuit. Le film trouve une réelle adéquation avec la ville, dans une approche réaliste qui respecte les langues et les cultures originales des personnages. Cette image de la ville doit aussi beaucoup à l’inventivité du chef opérateur Robert Krasker qui met sa caméra au service de la sensation anticartésienne d’appréhension du monde où des puissances sont prêtes à frapper. Trois décennies après les premières manifestations au cinéma de l’expressionnisme allemand, chaque séquence du film vient magnifier la grammaire de cette approche du monde qui a également fait le bonheur des mises en scène shakespeariennes d’Orson Welles. Ainsi, la beauté des plans duTroisième homme témoigne d’une telle composition qu’elle pourrait encore être appréciée en faisant abstraction de l’intrigue.

Cependant, ce serait dommage car le scénario élaboré par Graham Greene comporte des éléments d’une intrigue à tiroirs qui fait du film un premier prototype du film d’espionnage qui allait trouver son héritage direct dans la saga James Bond.

Le troisième Homme a été l’un des plus grands succès commerciaux du cinéma d’après- guerre et a reçu le Grand Prix (on dirait aujourd’hui la Palme d’Or) du Festival de Cannes en 1949.

POUR ALLER PLUS LOIN

> Une très intéressante émission qui présente le film, sur France Culture en 2021 :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-culture-change-le-monde/le-troisieme-homme-de-carol-reed-6581273

> Une analyse filmique :

https://www.dvdclassik.com/critique/le-troisieme-homme-reed

> Une approche des aspects historiques :

https://www.lhistoire.fr/%C2%ABle-troisi%C3%A8me-homme-%C2%BB-clefs-pour-un-chef-d%C5%93uvre

juin 7, 2026