Vendredi 15 mai rdv avec Qi Ju de Zhang Yimou à 20h30 au foyer de Juzet (salle du 1er)
Cinéaste chinois subitement propulsé au premier plan par le succès international d’Epouses et concubine (1991), Zhang Yimou réalise en 1992 Qiu Ju, une femme chinoise, un film qui décrit la réalité et l’évolution de la Chine aux débuts de son extraordinaire croissance amenée par la politique de Deng Xiaoping.
Le scénario se résume ainsi : Qinglai, le mari de Qiu Ju, a été humilié publiquement par Wang Tang, le chef du village. Ce dernier est prêt à les dédommager mais Qiu Ju refuse l’argent et veut obtenir des excuses. Pour y parvenir, elle va remonter tous les échelons de la justice chinoise, allant de tribunal en tribunal, jusqu’à la Cour Suprême, car à ses yeux l’honneur n’a pas de prix.…
« Avec Qiu Ju, je désirais changer de style et j’ai au départ davantage concentré mon attention sur l’histoire que sur les personnages. Je l’ai située en Chine du Nord, le pays où je suis né et dont je connais les us et coutumes, car le problème n’était pas juste de raconter une histoire, mais de savoir comment les personnages bougent, comment ils mangent, comment ils parlent… Ce qui arrive à Qiu Ju est quelque chose de très ordinaire en Chine. On ne sait jamais à qui l’on doit parler, ce que l’on doit faire, où l’on doit aller. Au départ, la plupart des problèmes ne sont pas importants, ils le deviennent par le simple jeu du système bureaucratique, par les épreuves que vous traversez. Avec ce film, je voulais dire que chaque Chinois – et pas seulement les paysans – doit faire la même chose : se battre pour obtenir gain de cause et se découvrir soi-même dans le processus qu’il a engagé pour atteindre son but. Revendiquer, c’est le début de la démocratie. » Zhang Yimou (1992)
La présentation et les échanges à propos du film seront conduits par Roger, qui rentre tout juste d’un séjour dans le Yunnan et qui pourra témoigner de la réalité de la vie rurale en Chine aujourd’hui et de son évolution depuis l’époque du film. Une façon de faire revivre autrement Les dossiers de l’écran, peut-être…
POUR ALLER PLUS LOIN
> Les analyses de quatre critiques de cinéma, extraites du dossier de presse du film :
« L’action se situe dans une Chine bien réelle, une Chine au quotidien où Zhang Yimou filme avec autant de bonheur l’isolement des campagnes que le grouillement des villes. Il le fait avec un sens descriptif certain, en images simples mais très belles, rehaussées de touches colorées. La narration répétitive, s’enrichit chaque fois d’éléments nouveaux dans sa description d’une justice bancale. Loin d’être un drame réaliste, le film devient, par la grâce d’une mise en scène vive et inventive, une comédie drôle et cocasse – même si elle apparaît parfois douloureuse, tant le personnage de Qiu Ju est attachant. Cette femme chinoise représente magnifiquement la condition féminine par son énergie, son courage, sa générosité, sa détermination, par son obstination à tout simplement vouloir la reconnaissance de la dignité de l’être humain. Boudinée dans ses vêtements de paysanne enceinte, elle force la sympathie. Gong Li, absolument remarquable, fut très justement récompensée par un prix d’interprétation au Festival de Venise 1992. Quant au film, il obtint le Lion d’Or. » Claude Bouniq-Mercier, Le Guide des Films (Ed. Robert Laffont)
« À la manière des néo-réalistes italiens, Zhang Yimou mêle comédiens professionnels et non-professionnels et tourne en éclairages naturels. Plus audacieux encore, il laisse Gong Li, méconnaissable, engoncée dans ses vêtements de paysanne, parlementer avec d’authentiques bureaucrates, puis il filme la scène à leur insu. Entre documentaire et fiction, le résultat est un témoignage exemplaire du dysfonctionnement des appareils d’Etat aux niveaux local et régional. Qiu Ju est aussi une satire féroce que les autorités chinoises n’ont guère appréciée.» Frank Garbaz, Télérama
« Zhang Yimou choisit un parcours exemplaire : celui de Qiu Ju – paysanne du Shaanxi – qui, pour un mari rudoyé, gravit tous les échelons du système judiciaire. Le parti pris de Zhang Yimou (caméra cachée, scènes improvisées, histoire presque gommée au profit des arrière-plans) tranche avec son cinéma précédent. Il y reste Gong Li, le rouge (omniprésent), la réflexion sur l’obstination. Une obstination dont Zhang Yimou – Lion d’or à la Mostra de Venise pour «Qiu Ju», mais dont «Ju Dou», ainsi qu’ «Epouses et concubines» furent interdits en Chine – se montre le symbole vivant. » L’Express (10/12/1992)
« Une très belle scène de Qiu Ju montre l’héroïne errant dans les rues de la ville, passant devant l’échoppe d’un « marchand d’images » : extraordinaire (et véridique) capharnaüm de chromos qui mêlent portraits de Mao et de Bouddha, starlette (un peu) dénudée et paysage bucolique, chaton de calendrier des postes voisinant avec Schwarzenegger. Face à cette confusion des images et des références, symbolique d’un pays qui cherche désespérément à concilier traditions millénaires, principes politiques archaïques et modernité économique sauvage, l’oeil observateur, à la fois ironique et proche des gens, de Zhang Yimou fait de son film une passionnante analyse de la réalité, dynamisée par une formidable force vitale. »
Jean-Michel Frodon, Le Monde (10/12/1992)