Le Mot du Président
Les murs du désir
Avec cinq oscars « New York- Miami » est considéré comme « le » film fondateur de la comédie américaine. Au-delà du titre français, médiocre … et erroné (le trajet en bus des deux protagonistes – c’est un road movie – va de Miami à New York) , on préfèrera le titre de la VO « It Happened One Night ».
Mais qu’est-il arrivé une nuit ? Un titre imprécis, anodin, un peu suggestif ? – qui crée une attente, joue avec l’ambigüité, qui suggère sans jamais montrer. La couverture tendue entre les deux lits du motel – nommée «les murs de Jéricho », allusion biblique – symbolise cette attente ; les deux personnages, un homme, une femme, ne sont pas mariés, sont séparés par le statut social, dans une tension érotique contenue.
La chute du « mur », c’est la transformation des personnages : la nuit la pudeur disparait, la hiérarchisation sociale s’efface, l’amour est accepté…
Dans cette comédie romantique – on en connaît la fin par définition – c’est la réalisation de Franck Capra qui fait la différence : un regard humaniste et chaleureux qui valorise le peuple , les « petites gens », l’affrontement des classes sociales, le mélange de comédie et d’émotion, le triomphe du bien…On retrouvera ces caractéristiques dans « La Vie est belle », « Monsieur Smith au Sénat », du même Capra et dans bien des films qui se succèderont sur le même modèle de comédie américaine.
Vous avez probablement vu « Pretty woman » par exemple, mais surtout, et mieux, « Quand Harry rencontre Sally » (1989) de Rob Reiner.
Pour terminer , une séquence à ne pas manquer, à savourer comme il se doit : la leçon d’auto-stop . Un modèle de comédie, un modèle de comique visuel . Un petit régal, une perle cinématographique…
Bon film et bon débat !
Jean-Paul DURAND